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« LIU WEI, DOCUMENTAIRES D’UN ARTISTE CHINOIS »

JEUDI 6 AVRIL 2006 — ENTRÉE LIBRE

Salle de conférence — École supérieure des beaux-arts de Tours
Jardin François 1er, 37 000 TOURS

Festival de Cinéma asiatique de Tours

Floating Memory

Liu WEI

2001 | 10'

Underneath

Liu WEI

2001 | 12'

Hopeless Land

Liu WEI

2003 | 20'

Year by Year

Liu WEI

2004 | 48'

A Day to Remember

Liu WEI

2005 | 13'

Artiste pratiquant la photographie et la vidéo, aussi bien en monobande qu’en installation, Liu Wei mène, depuis quelques années, un travail documentaire qui interroge l’oubli et la médiatisation infailliblement optimiste de l’évolution de la société chinoise.

Les événements de 1989 sur la Place Tiananmen font l’objet de deux films : A Day To Remember en 2005 et Floating Memory en 2001. Floating Memory revient sur les souvenirs du mouvement pour la démocratie au travers des photographies prises sur les lieux avant que la répression ne soit lancée et des séquences vidéo filmées en 2001 sur les mêmes lieux, où, plutôt que des étudiants manifestants, il croise des touristes flânants. Ce moment de catharsis pour Liu Wei et sa génération est écarté au profit d’une place refaite à neuf pour répondre à et encadrer une génération de consommateurs qui acceptent leur lot politique comme prix de la prospérité. Cet oubli revient avec force dans A Day To Remember , quand Liu Wei retourne sur la place le 4 juin, anniversaire de la répression et pose des questions sur les événements qui ont eu lieu seize ans auparavant. Ses interlocuteurs esquivent ou restent muets, la peur ou la méfiance demeurant plus fortes que le désir de s’exprimer (que ce soit en faveur ou contre les manifestants) sur cet anniversaire notoire. La volonté individuelle d’oublier prend la forme d’un moyen de censure imbattable, l’hégémonie de l’état sur la pensée donne lieu à un réel illusoire, dans lequel les souvenirs gênants doivent être reclassés à tout prix et seule une histoire partielle peut faire l’objet d'une analyse.

Ce réel illusoire est également présent dans les films qui étudient les personnes et couches de la société chinoise qui ne font jamais l’objet de la médiatisation en Chine. Dans Hopeless Land, 2003, nous voyons des fermiers réduits à glâner et à récupérer dans la banlieue de Pékin, incapables avec leurs revenus de payer les impôts fonciers sur des terrains convoités par les promoteurs d’une ville toujours en croissance exponentielle. Ces paysans, prospères il y a quelques années – quand leur présence était une nécessité dans un tissage urbain peu motorisé – dépendent de plus en plus des déchets de luxe des riches citadins, sans pouvoir accéder aux besoins fondamentaux comme les services de santé ou l’éducation. Hopeless Land reprend un thème déjà exploré dans Underneath, 2001. Le contraste est saisissant entre la richesse visible à Pékin, manifestée par les marques et logos, occidentaux et chinois, le tout en plastique brillant, et la pauvreté de ceux qui tamisent à la main les déchetteries de Pékin dans l’espoir de trouver assez de morceaux d’on ne sait quoi à récupérer.

Les déceptions des générations successives de Chinois ne se rencontrent pas forcément, le succès financier des quadragénaires citadins est terni par l’échec du mouvement pour la démocratie, là ou leurs espoirs pour un changement de la société chinoise a trouvé comme riposte la carotte de l’argent et la baguette qui exige la docilité. Une génération après et l’argent n’y est plus, mais la réflexion politique s’est perdue dans le silence intermédiaire. Dans Invisible City, un jeune homme raconte ses frustrations et les barrières à son bonheur qui caractérisent la vie dans la capitale aujourd’hui, toutes les voies qu’il peut concevoir pour trouver un avenir sont individuelles, et encore, quand il peut imaginer un avenir. Les notions de solidarité et d’ouverture qui portaient les espoirs déçus de la génération précédente ne font plus partie du possible pour cette génération, choyée dans leur enfance unique, puis exclue du monde des adultes.